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18 octobre 2007

Marche ou grève !

Ils sont touchants ces petits Parisiens qui « piétonnent » en vagues successives sur les trottoirs de la capitale. Devant les grands magasins du boulevard Haussmann, on se croirait jour de soldes. Sauf qu’il n’est même pas 7h30, que le jour et les rideaux ne sont pas encore levés ! Mais ils marchent et ils marchent les petits Parisiens. Tous dans la même direction, vers le centre, où là, ils commencent à se croiser, voire à s’entrechoquer. Certains viennent probablement de la lointaine banlieue. Ils se sont levés tôt, pour être sûrs d’arriver, non pas à l’heure, mais en avance. Car après 8 heures, la circulation sur les trottoirs devient infernale et les collisions sur les passages cloutés génèrent des bouchons constipatoires.

C’était bon ce matin de les voir tous marcher ainsi du haut de mon Vélib. D’autant plus jouissif qu’en me levant seulement à 7 heures – heure à laquelle certains marchaient déjà le long des voies du périph depuis une heure – j’ai réussi à décrocher le dernier vélo de mon quartier. Que c’était bon de voir ce pauvre type, arriver juste derrière moi la mine déconfite, en constatant qu’il était trop tard (alors qu’il s’était probablement levée à la même heure que moi, voire plus tôt). Sûrement par fierté, il ne m’a pas proposé d’argent pour que je lui laisse mon vélo (j’aurais refusé !). Alors en partant, je lui ai fait un petit signe compatissant de la tête. « Désolé ». Il a du rejoindre le cortège des petits Parisiens qui marchent sur les trottoirs. Et à l’heure qu’il est, il n’est sûrement pas arrivé au boulot.

Bref, ce fût un grand plaisir ce matin, jour de grève, d’être le premier au journal, désert, avec une bonne heure d’avance sur l’horaire habituel des plus matinaux.

Ma seule crainte finalement, est d’être le seul à avoir réussi à venir.

Déjà 9h02, toujours personne !

09 février 2007

Unsa, syndicat première classe


Fin de manif hier soir. A Paris, les syndicalistes ont sifflé comme les arbitres d’un match France-Italie et crié dans leurs mégaphones, entre autres, qu’ils voulaient travailler moins et gagner plus. Mais il est temps de rentrer. Certains rangent les banderoles, les sifflets et les mégaphones, d’autres ont décidé de jouer les prolongations. Gare du Nord, un petit cortège de la CGT s’avance sur le quai de leur Paris-Lille. Les habitués de la ligne, beaucoup de cadres et d’hommes d’affaires s’inquiètent : « Les cons, vont nous bloquer la voie. ». Suspens : ils avancent en effet au pas manif, le long du TGV. Tous les yeux sont braqués sur leurs banderoles rouges et jaunes. Jusqu’où vont-ils aller ? Les joyeux drilles sont aussi discrets qu’une école de Samba au carnaval de Rio. Et ça siffle et ça rie et ça chahute. Mais ça ne revendique plus. Enfin si, ça revendique encore, mais hors-sujet. Les 32 heures, la semaine de 4 jours, les augmentations de salaires et la retraite à 55 ans, c’est plus l’heure. A partir de 17 heures, les slogans sont plutôt du genre : « On va prendre le train, on va prendre le train, on va, on va, on va prendre le train… », « Il a pas son billet, il a pas son billet, il a pas, il a pas, il a pas son billet… » Et ça se marre et ça chahute et finalement, ça plie ses banderoles et ça monte dans le train. En seconde bien sûr. Soulagement des « Paris-Lille », sauf ceux qui se retrouvent dans la « voiture CGT ». Car là, l’ambiance n’est pas prête de tomber. Au mégaphone, ça donne ceci : « On est dans le train, on est dans le train, on est, on est, on est dans le train… » accompagné bien sûr au sifflet, par une samba cégétiste aussi entraînante que les impros de la police municipale sur les Champs-Elysées ! Et c’est bien pire que durant la manif. Car les bougres ont encaissé des décibels toute la journée. Si bien que maintenant ils ne s’entendent plus gueuler. Alors, ils gueulent plus fort. « Qu’est-ce qu’il a dit Roger ? » « Il a dit : On est dans le train, on est dans le train, on est, on est… » « Ah ouais, il a raison : on est dans le pétrin, on est dans le pétrin, on est, on est, on est dans le pétrin… »
Sur le quai, au moins, c’est beaucoup plus calme. Mais cinq minutes plus tard, nouvelle alerte. Voilà qu’arrive un deuxième cortège de manifestants. Mais rien à voir avec la CGT. Ceux-là font dans le discret. Têtes baissées, pas vif, banderoles pliées, mégaphones en bandoulière, les hommes avancent avec une conviction certaine vers l’avant du train. C’est évident, ils ne veulent pas se faire remarquer. Ca sent l’action radicale, l’opération commando. « Les salauds vont nous bloquer la voie » murmurent les « Paris-Lille ». C’est vrai qu’ils se rapprochent dangereusement du bout de la rame. Sur leurs casquettes je lis « Unsa ». Je ne me rappelle plus. Des durs ? Plus durs que la CGT ? Ils ont l’air déterminé. Dangereux même. Ils avancent encore et ne mouftent toujours pas. Les « Paris-Lille » vont craquer. Les hommes du commando Unsa longent un wagon de première. Ils s’arrêtent devant la porte. Ils redressent la tête, regardent à droite, à gauche… et paf, ils montent. Puis tranquillement, ils rangent leurs banderoles dans les compartiments à bagages, échangent encore quelques commentaires sur la journée. Une bonne journée. Et ils s’installent à leurs places numérotées. Pas de prise d’otage d’un capitaliste ? Pas de graffitis sur les fauteuils ? Même pas une petite distribution de tracts ? Rien. L’Unsa voyage en première. Moralité, si je devais choisir un syndicat, ce serait l’Unsa. Moins de boulot, plus d’argent et surtout, après une bonne manif, retour en première !